mercredi, mars 3
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RDC-Recrutement de Me Akéré Muna : des interrogations dans la confrérie des avocats congolais

L’initiative du président de la République, qui a fait appel à l’éminent avocat camerounais, Me Akere Muna, suscite des interrogations dans la confrérie des avocats congolais.

D’aucuns se posent des questions sur l’intérêt qu’il y a à faire recours à un juriste étranger alors que notre pays regorge d’éminents praticiens et théoriciens du droit. Beaucoup s’en offusquent d’ailleurs.

Mais, je pense qu’il faut beaucoup plus porter le regard sur le pedigree de ce confrère pour avoir des indices sur la motivation du Chef de l’État.

En effet, outre son parcours comme avocat et bâtonnier, enrichi par sa présidence de l’Union panafricaniste des avocats, Me Akere Muna a été surtout à l’origine de la création de la section camerounaise de Transparency international, cet organisme qui est spécialisé dans la lutte contre la corruption.

D’ailleurs, il sera porté à la vice-présidence mondiale de Transparency international. C’est donc, non seulement un juriste, mais un homme rompu à la traque de la corruption qui va rejoindre le cercle des collaborateurs directs du Chef de l’État.

Il me semble que l’actualité qui défraie la chronique judiciaire actuellement jette une lumière sur le rôle que devrait jouer cet homme dans l’entourage du chef de l’état. La coïncidence avec les affaires de corruption qui sont sur la sellette ne peut pas être fortuite.

Dans cette optique, certaines interrogations ne peuvent qu’être soulevées : le Chef de l’État vient de créer récemment par ordonnance une Agence de lutte contre la corruption, comment les différentes strates du dispositif de lutte contre la corruption vont-elles interagir (au niveau de certains organismes étatiques de contrôle, au sein du gouvernement et à la présidence) avec l’adjonction d’une nouvelle « éminence grise »?

Si ce cas de figure est exact, n’y aura-t-il pas une inflation d’acteurs avec comme conséquence que l’abondance nuit à l’efficacité ?

L’autre interrogation est que le Chef de l’État serait-il si désabusé, voire désespéré, à propos de la probité de ses collaborateurs (et des cadres congolais en général) qu’il se serait résolu à faire recours à un conseiller étranger pour lui confier des missions délicates ?

Cela nous ramènerait incidemment aux fameux 15 collaborateurs introuvables dont parlait son prédécesseur…Je ne peux m’empêcher non plus de souligner l’autre face du pedigree de Me Muna.

Certes, il a accumulé une expérience avérée dans la lutte contre la corruption dans son pays et au niveau international. Il demeure un farouche opposant (ancien candidat à la présidence) et l’un des hommes les plus influents de son pays. Mais  pour quel bilan ?

Le Cameroun reste l’un des pays les plus corrompus de l’Afrique, et de surcroît une dictature avec à sa tête un président vieillissant qui totalise 38 ans de pouvoir…Patrice Emery Lumumba avait fait appel à l’indépendantiste  camerounais Félix Moumié

Enfin, pour la petite histoire, le président Félix Tshisekedi n’est pas le seul dirigeant congolais à avoir fait appel à un cadre camerounais pour travailler avec lui.

Patrice Emery Lumumba, le tout premier chef du gouvernement congolais, fit appel au leader indépendantiste et panafricaniste camerounais, le docteur Félix Moumié, pour lui prêter main forte comme conseiller après le départ précipité des fonctionnaires belges après l’indépendance, en 1960.

Après les déboires de Lumumba, il se réfugia en Suisse où il fut assassiné par les services secrets français…Souhaitons un meilleur destin à notre éminent confrère et un mandat fructueux au Chef de l’État.

Par Maître Charles Kabuya

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