mercredi, mars 3
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COVID-19 et mœurs politiques: vers une autre salubrité « Congo bopeto » ?

Le monde est bouleversé dans sa routine socio-économique par l’apparition et la propagation de la maladie à Coronavirus (Coveid-19). Cette pandémie n’a pas encore dit son dernier mot. Elle court et vole grâce aux moyens modernes de transport que nous nous sommes donnés.

Des pays se concertent car, nous tous en sommes frappés à divers degrés comme les animaux malades de la peste de La Fontaine.

La guérison commune est le nouveau mot d’ordre international. Des laboratoires y vont d’essais cliniques en déclarations prometteuses pour les mois et années à venir.

Dans le microcosme politique congolais, l’hygiène des fonds publics est au cœur d’un assainissement qui dépasse le seul cadre budgétaire et rejaillit sur tout le climat social, tendu par la recherche des fonds d’accompagnement social et économique aussi bien pour venir à bout de ce virus que pour l’après-Covid-19.

Les ressources humaines

La République démocratique du Congo (RDC) a la chance d’avoir réussi à combattre la maladie à virus Ebola. L’éminent épidémiologiste, Jean-Jacques Muyembe avait admis que cela aurait été difficile de lutter contre deux types d’épidémie à la fois. Dans les circonstances, l’expérience étant du côté des Congolais, il faut restructurer l’environnement sanitaire bien faible et, surtout, mieux informer le public congolais.

À l’étranger, au Canada, un autre éminent congolais, le professeur et chercheur Majambu Mbikay, pharmacien-généticien qui a travaillé sur la mise au point du vaccin contre la maladie à virus Ebola, fait partie de l’équipe canadienne qui élabore le vaccin contre la COVID-19, à l’Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM).
Et il y en a d’autres ailleurs.

La RDC n’est donc pas si démunie en termes de leadership sur le plan scientifique. Nous avons le devoir de mettre suffisamment de ressources financières et matérielles en jeu pour rénover tout le système sanitaire et le rendre accessible et viable pour le personnel médical et la population qui y recourt.

Une leçon d’interdépendance positive

Le dénuement des infrastructures en général, particulièrement celles de santé inappropriées pour faire face à cette pandémie, et les conditions de vie de notre population appelée à suivre des consignes précises, peuvent miner l’effort individuel devant mener en synergie à l’éradication de ce Coronavirus.

Nous nous plaisons à affirmer qu’à l’ère de la mondialisation, la terre est devenue comme un petit village, en voici un exemple frappant avec ses corollaires non moins dommageables.

Qu’est-ce qui fait défaut pour que nous n’arrivions pas à nous organiser efficacement, tout en admettant que ce n’est pas plus aisé dans les pays occidentaux qui tentent d’apporter des correctifs au fur et à mesure que la propagation progresse.

Les États passent de la fermeture des frontières à la déclaration d’un état d’urgence et au confinement général. Des lits et des hôpitaux de campagne, des médecins et infirmiers des armées, tout est mis à contribution le cas échéant.

L’état des lieux de notre système de santé publique offre une triste image des infrastructures délabrées, d’équipements déficients et d’un personnel médical mal rémunéré.

Cette situation rime avec le tableau du reste de la population qui ne jouit pas des biens de base tels que l’eau potable et l’électricité. L’abandon de la population congolaise à son triste sort fait ressortir l’inconscience des dirigeants politiques.

Ceux-ci s’étant arrogés le privilège de bénéficier des soins médicaux de qualité à l’étranger, « être évacués », frais payés par les contribuables congolais c’est-à-dire ceux-là qui participent à la création de la richesse nationale, ils ne peuvent pas se payer des soins médicaux de qualité au pays ni à l’étranger faute de salaires décents et de la décrépitude des centres hospitaliers.

Ce privilège a créé un biais dans l’accès égal aux soins de santé, le système public étant celui des pauvres gens. L’État congolais doit abolir cette disposition à effets pervers et se concentrer sur l’amélioration d’un système de santé de qualité pour tous.

Le COVID-19 aidant, personne ne peut se rendre à l’étranger aujourd’hui pour de tels soins. Tous, pauvres et riches, nous devons par conséquent nous unir et trouver ensemble une solution à cette pandémie, car la réponse positive pour la combattre consiste à conjuguer les efforts individuels et à modifier nos comportements pour qu’ensemble, nous parvenions à nous en sortir vivants.

Ce système de santé, que les dirigeants ont toujours négligé, devra être mis à contribution tel quel ou rénové.

Penser aux autres: un ingrédient essentiel à la démocratie

Des millions de dollars de l’État se volatilisent sans que les enquêtes initiées à ce sujet établissent clairement les responsabilités des dirigeants délinquants.

Dans le cadre du programme d’urgence de 100 jours du président Félix Tshisekedi, un fugitif recherché par la justice est dans la nature. Les diatribes entre le président du Sénat et une sénatrice révèlent une culture de non-reddition des comptes dans les us et coutumes de certains dirigeants.

Pourtant, les gestionnaires des revenus de l’État ont l’obligation de maintenir une « distanciation financière » par rapport à l’argent des contribuables que nous sommes, vous et moi. Les audits, les sanctions et les correctifs subséquents sont censés épurer ces pratiques de gestion.

Qu’est-ce qui peut expliquer une telle attitude égoïste de la part des élus du peuple congolais? Dans son ouvrage (2018) « L’éducation au Congo-Kinshasa – quelle évolution? Quel avenir? », le consultant en éducation, Ndia-Bintu Kayembe, fait une analyse du système d’éducation congolais à la lumière de « la remise en question » de Mabika Kalanda (1965).

Considérant toutes les ressources humaines qualifiées dont regorge le pays, on ne peut expliquer le sous-développement dans lequel nous sommes enlisés depuis des décennies, de Mobutu à Kabila père et fils.

Ndia-Bintu évoque un chaînon manquant dans notre prise en charge du progrès social et économique: ce sont les compétences émotionnelles (p.256-259) que sont le savoir-être, le savoir vivre ensemble, les valeurs et les attitudes d’interdépendance positive et créative.

En l’absence de ces compétences émotionnelles, les personnes pensent et agissent de façon égocentrique; elles ne respectent pas la raison ni l’évidence sauf dans leur intérêt égoïste.

Elles sont indifférentes au bonheur et au bien-être des autres avec lesquels elles ne s’identifient pas (voir Goleman, 1995; Paul et Elder, 2008). L’empathie est une composante essentielle de la compétence émotionnelle. C’est cette capacité apprise de se mettre à la place des autres, ceux qui souffrent, ceux qui se sentent en danger. Il s’agit de s’imaginer vivre dans leur peau.

Cette compétence amène les humains à se soucier du sort des autres, à suivre le principe de la moralité et à prendre le parti des plus faibles. Nous avons dénoncé durant des décennies les injustices et les incartades de différents pouvoirs. Nous nous attendions à ce que les forces de l’Opposition d’alors une fois au pouvoir apportent des changements consistants par rapport aux idéaux défendus.

Nous constatons toutefois que le grand parti UDPS censé avoir un projet de société bien campé en 37 ans de lutte et être bien préparé à gouverner le pays n’impressionne pas plus le peuple congolais que les dirigeants kabilistes dont on désapprouvait les comportements délinquants en matière de dilapidation des fonds et des biens publics et d’abus de pouvoir.

C’est le même comportement égoïste d’enrichissement injustifiable et d’incompétence, malgré les bonnes intentions qui ne changent pas le quotidien du commun des mortels.

La compétence émotionnelle nous fait cruellement défaut.

Le développement des enquêtes judiciaires sur le programme de 100 jours du président Tshisekedi et les commissions d’enquête sur les malversations des administrateurs publics font découvrir les pillages des propriétés publiques et les dilapidations des entreprises de l’État congolais.

Ils entraînent l’appauvrissement des travailleurs congolais et des arriérés salariaux colossaux pendant que les présumés délinquants s’enfonçaient dans la dolce vita en toute impunité.

Il est temps, pour nos dirigeants, de mettre des gants blancs, COVID-19 oblige, pour manipuler l’argent du peuple congolais sans salir leur réputation.

Les délinquants se verront confinés dans les établissements de détention selon les dispositions de la loi.

Le sauve-qui-peut?

Le système de santé publique que nous avons laissé pourrir est celui sur lequel nous devrons compter pour notre salut, les autres pays ayant pris l’option de fermer leurs frontières et d’instaurer un confinement général comme en France et en Italie.

Nous nous devons donc d’améliorer le nôtre si nous tenons à nous en sortir vivants.

Dignité oblige, il nous faut apprendre à ne pas toujours regarder vers l’Occident, la Banque mondiale ou le FMI pour résoudre nos problèmes m.

Alors que nous savons très bien qu’il n’y a que nous-mêmes Congolais et Congolaises qui pouvons le mieux nous occuper de nos propres intérêts dans un élan commun vers notre bien-être collectif.

Des rapports bien étoffés existent sur le recouvrement des recettes, des milliards de dollars qui échappent au Trésor public selon le rapport bien étoffé Luzolo Bambi de l’ère kabiliste.

Nous devons éviter d’initier des enquêtes qui ne mènent nulle part à la fin, faute de volonté politique réelle de changer les comportements des autorités politiques.

Les compétences des acteurs de la scène publique représentent le critère primordial dans l’exercice d’une fonction; leur compétence émotionnelle compte pour beaucoup dans l’atteinte des objectifs de progrès social et économique.

Nous devons nous sentir gênés de brandir fièrement dans les médias les quelques millions de dollars d’AIDE provenant des pays occidentaux, de la Chine ou du Japon ; des millions qu’ils récupèrent grassement de l’autre main, alors que nous pouvons nous-même générer ces montants en faisant respecter rigoureusement les principes de gestion des fonds et biens publics.

Notre système judiciaire doit avoir tous les moyens ad hoc pour sanctionner sévèrement les personnes sensibles à la loi de la gravité maffieuse qui fait atterrir tout denier public au fond de leurs poches au détriment de l’intérêt général.

Dans ce sens, l’obligation de déclaration écrite du patrimoine familial à l’entrée en fonction et à l’expiration de celle-ci ne doit pas rester lettre morte.

À la lumière des comportements des nations durant cette pandémie, une démondialisation se prépare selon les secteurs d’activités

Pour leur propre survie, nous avons vu des États et l’Union européenne fermer leurs frontières au point de laisser l’Italie, c’est le cas de le dire, « se démerder » seule avec ses nombreux malades et morts sur les bras.

Heureusement, des gestes de secours venus de l’État de Cuba ont apporté un nouveau souffle au combat italien contre cette pandémie.

La solidarité des nations est durement mise à l’épreuve par ce Covid-19 et prouve derechef qu’en politique, seuls les intérêts des Etats comptent.

Assainissons les mœurs de nos dirigeants et mandataires publics par des actions de sensibilisation au bien-être commun, à l’éthique et à la probité et réprimons les délits selon la loi.

L’accroissement des recettes de l’État nous permettra de régler nos problèmes avec nos propres moyens, de diversifier notre économie en créant des emplois dans les activités de transformation et non d’exportation des minerais, et de diminuer notre vulnérabilité aux aléas de l’économie mondiale.

Le dies irae (jour de colère)

L’État de droit implique la prééminence du droit sur le pouvoir politique et l’obéissance des gouvernants et gouvernés à la loi sans exception.

Des assouplissements quelconques rendent la loi poreuse et facilitent les comportements déviants.

Le peuple congolais est tenu en haleine par toutes ces interpellations de ceux qui ont eu à gérer des fonds publics au Sénat, au gouvernement ou dans les entreprises publiques.

Toute personne est réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement prouvée.

Sans procéder à l’enterrement de notre beau pays, à travers la séquence ci-dessous de la messe de Requiem latin, le Dies irae, nous osons espérer qu’une nouvelle culture de bonne gouvernance est en train de voir le jour pour assurer la grandeur de notre pays:

« Quelle terreur régnera quand le juge viendra tout examiner avec rigueur… Quand le juge tiendra donc séance, tout ce qui est caché apparaîtra, et rien d’impuni ne restera ».

Mbemba Ilenda, correspondant particulier au Canada

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