mardi, mars 2
Shadow

“République de la Tshangu”, le Vatican de la RDC

Tshangu est l’un des quatre districts de la capitale congolaise, Kinshasa, et le plus peuplé de tous. Son mode de vie est bien différent de celui des autres. Alors que partout, c’est le confinement et les mesures d’urgence, la Tshangu en fait peu de cas. Tshangu vit au rythme endiablé de ses points chauds et ignore le Coronavirus.

Le Vatican, ville-État située au cœur de Rome (Italie), est le siège de l’Église catholique romaine et la résidence du pape. Il abrite de nombreuses œuvres d’art et d’architecture emblématiques. Les Musées du Vatican renferment des sculptures romaines antiques, telles que le célèbre “Groupe du Laocoon”, ainsi que des fresques Renaissance dans les chambres de Raphaël et la chapelle Sixtine, connue pour son plafond réalisé par Michel-Ange. Un poursuivi, qui entre au Vatican, ne sera jamais inquiété.

Cette image du Siège du Saint Père le Pape, rime bien avec le district de la Tshangu qui a son mode de vie, sa conception de choses.

Tshangu est située à l’est de Kinshasa et est constituée par les communes de N’Djili, Kimbanseke, Masina et N’Sele.

Le Coronavirus absent à la Tshangu

Pendant Kinshasa est en proie au COVID-19 avec les activités à l’arrêt, au district de la Tshangu, la vie est normale. Elle n’a pas changé d’un iota. Le commerce et la circulation sont toujours hyper actifs.

Un seul point commun avec le reste de la capitale : les bars et terrasses sont fermés. Les chaises et tables, entassées au coin, sont bien enveloppées de la toile d’araignée.

Tshangu n’enregistre aucun cas de Coronavirus. Ses habitants sont sereins. Une personne seulement sur dix porte le masque (cache-nez).

” Nous ne sommes pas habitués avec ces histoires”, affirme Claude Masoko, responsable d’une pharmacie derrière la maison communale de Kimbanseke, à Kingasani ya suka.

Aucun policier n’arrête ceux qui n’ont pas de cache-nez, dont le port est rendu obligatoire par un arrêté du gouverneur de la ville-province de Kinshasa.

Les “bana Tshangu” semblent indifférents aux mesures d’urgence sanitaires.

Ici, personne ne parle de gestes barrières. Aucun lave-main, public ou privé. Du quartier 1, en passant par le boulevard Kimbuta, le marché de la Liberté ou le quartier Pascal, Kingasani ou Mikondo, pas de gestes barrières. Les quelques rares passants avec masques, sont des adultes qui reviennent d’autres communes. Ils sont contraints d’en porter avant de monter dans un véhicule de transport en commun. C’est la règle à Kinshasa.

Mais, ceux qui quittent Tshangu pour Kinkole ou Maluku, se disent “pas concernés” par les mesures d’urgence sanitaire. Ce district est un Vatican, un État qui n’applique pas ce qui se passe à travers tout le pays.

“Que 1.000 tombent à Gombe, 10.000 à Ngaliema, la Tshangu ne sera pas atteinte”, a martelé Théodore Tshibasu, responsable d’une boutique d’alimentation à Kingasani.

Un monde à part

Tshangu ou Chine populaire, compte, à elle seule, plus de la moitié de la population de Kinshasa, selon des sources communales de Kimbanseke.

Ce district, qui prend ses sources au pont N’Djili, n’est nullement la photocopie des autres trois districts.

Ses habitants pensent qu’il s’agit d’un “monde à part”. Un Vatican, un État dans un autre État. L’armée et la police, chargées de traquer ceux qui ne portent pas les masques pour se protéger contre la pandémie de Coronavirus, ne le font pas dans cette partie de la capitale, Kinshasa.

Un policier y avait ouvert le feu sur un paisible citoyen au début, parce que sans masque.

La fureur des jeunes, réputés très agressifs, avait atteint le paroxysme. Les agents de l’ordre chargés, de veiller au port obligatoire du cache-nez, n’y sont pas les bienvenus. Ils ont aussi peur des représailles.

On n’entre pas au Vatican de n’importe quelle manière “, fait remarquer Jean-Pierre Wembolowa, motocycliste de renom sur le boulevard Kimbuta.

À la Tshangu, la vie est solidaire. C’est aussi le point chaud de la capitale.

Conquérir et dompter la Tshangu, est le credo de tout politicien. La vie dans les communes constituant ce district est uniforme. Elle s’écarte bien des habitudes.

Sa population dense est apte à tout: faire le piéton du grand marché Central jusqu’en Chine populaire, les bana Tshangu en manque de sous, en sont capables.

Une population très jeune, active, aimant la vie. Ils ont décidé d’ignorer le COVID-19, et, en retour, ce virus les a ignorés.

Au district de la Tshangu, même la pandémie n’a pas accès facile. Tshangu est à la RDC, ce qu’est le Vatican est à l’Italie.

Bajika Ndeba

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *