dimanche, mars 7
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Modeste Bahati au FCC : “Rendez-moi mes légions”

Modeste Bahati gémit, depuis plusieurs mois, et réclame l’unité de son parti, l’AFDC, dédoublé par le FCC, son allié d’hier. Sa soif de diriger le Sénat en opposition du choix de l’Autorité morale, lui a valu des ennuis infinis, une plaie difficile à cicatriser.

«Quinctili Vare, legiones redde ! » , « Quinctilius Varus, rends-moi mes légions ! » : tel fut, pendant des mois, le gémissement d’Auguste, à l’annonce de la terrible défaite subie en l’An 9 ap. J.-C. dans la forêt du Teutobourg, dans le nord de l’Allemagne actuelle.

Trois légions avec leurs auxiliaires étaient massacrés, les aigles perdus, un désastre qui n’a de comparable que celui de Cannes contre Hannibal en 216 av. J.-C., et celui de Crassus à Carrhes, contre les Parthes en 53 av. J.-C. Il devait mettre un terme définitif à la tentative romaine d’inclure la Germanie, du Rhin à l’Elbe, au sein de l’empire.

Les jérémiades d’Auguste, sont celles du sénateur Bahati Lukwebo en République démocratique du Congo (RDC).

Bahati se lamente pour son parti dédoublé. Il réclame ses légions dispersées par l’un de ses anciens lieutenants, Néné Nkulu. La paternité de l’AFDC, parti de Modeste, est disputée, galvaudée, caricaturée.

Cet ancien acteur de la société civile a bataillé dur, pendant des années, pour que son AFDC s’impose sur tout le territoire national. Son succès avait dépassé les frontières nationales.

Les douleurs d’enfantement de l’AFDC, Lukwebo les a vécues dans sa propre chaire. Des moyens ont été consentis. Oui, des moyens énormes. Le sénateur s’est frayé du chemin dans les rocs. Les ronces aussi.

L’irrécupérable

Les observateurs avertis voient d’un mauvais œil son ralliement à la majorité présidentielle (MP), puis au Front commun pour le Congo (FCC), de Joseph Kabila. Partenariat que beaucoup considèrent comme la première erreur politique de celui qui a une grande vision et veut voler plus haut. ” Qui veut aller loin, n’intègre pas le FCC“, ironisait un acteur d’un des mouvements citoyens congolais.

Au début de leur amour, tout était en rose. Mais, au fil du temps, Bahati nourrit des ambitions.

Lors du partage du gâteau, il n’a toujours pas ce qu’il veut. Il s’estime marginalisé. Sa déconfiture commence au sujet de la présidence du Sénat qu’il revendique, “de droit”, disait-il.

Dans la plateforme politique, c’est l’acteur ” président du Sénat”, candidat de l’Autorité morale. Là, c’est Joseph Kabila qui choisit qui il veut, peu importe le poids politique.

Un candidat n’ayant pas un parti politique a été préféré en lieu et place d’un responsable d’un grand parti ayant plusieurs élus nationaux et provinciaux, des gouverneurs et vice-gouverneurs.

Modeste persiste. C’est la présidence de la Chambre haute du parlement ou rien. Commence alors un bras de fer aux conséquences incalculables.

Tambwe Mwamba se retrouve en duel avec Bahati, qu’il perd, amère et désabusé. Vite, le rouleau compresseur, pour fragmenter l’AFDC, est inexorablement mis en marche.

Néné Nkulu est choisie pour le besoin de la cause. Elle est à la tête de l’aile dissidente. Elle demande à Bahati de ne plus engager le parti, tout simplement parce qu’il s’est opposé au dictat de l’Autorité morale.

Le monnayage s’y invite, mais aussi intimidations et menaces. Les élus ont le choix entre leurs chefs naturel et circonstanciel.

En pareille circonstance, le Congolais choisit de trahir sa conscience pour un poste, pour peu d’avantages et de position. C’est la caractéristique de beaucoup de politiciens congolais.

Rendez-moi mes légions!”, “rendez-moi mon parti”, “rendez-moi mes élus” !

Voilà le cri du coeur de celui qui fut l’allié de taille du FCC. L’homme fera le tour du pays, contactera les acteurs politiques, religieux et de la société civile pour être rétabli dans ses droits, peine perdue.

Le litige a été emmené au Parlement et tranché en faveur de aille restée acoquinée au FCC. Les beaux yeux faits au Chef de l’État n’auront rien apporté. Bahati se trouve fragilisé, son parti émietté. Il a perdu le contrôle de beaucoup de ses membres dans plusieurs provinces.

Des députés, nationaux et provinciaux, gouverneurs et vices-gouverneurs, membres des bureaux des Assemblées provinciales ont fait allégeance à l’aile dissidente par contrainte, par intérêts égoïstes.

Loin d’être épuisé, Modeste continue à réclamer modestement l’unicité de son parti : ” FCC, rendez-moi mes légions! “.

Bajika Ndeba

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