dimanche, mars 7
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La coalition CACH-FCC ballotée dans une zone de turbulence

La destitution du Premier vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund, a levé un pan de voile sur l”hypocrisie, le manque de respect entre partenaires et la méfiance qui circulent dans les veines de la coalition au pouvoir. Des maux qui viennent de fissurer la citerne qui, dorénavant, tangue.

Depuis le chant du coq, des analystes chevronnés de la politique congolaise avaient qualifié le mariage CACH-FCC de “contre nature”. Selon cette sémantique, les deux antagonistes d’hier ne peuvent s’unir, ni s’apprivoiser durablement. Ils ne parlent pas le même langage. “Le PPRD et l’Udps, c’est le jour et la nuit“, révélait un activiste d’un mouvement citoyen.

L’Udps qui dénonçait le système de gouvernance instauré par Joseph Kabila, a fini, au nom de la paix, par accepter de convoler aux justes noces. Mais le Parti du Sphinx de Limete n’avait jamais oublié la nature alambiquée de son partenaire“, révèle un haut cadre de l’Udps.

Dès sa genèse, la coalition CACH-FCC s’apparente au langage imagé de “Don Quichotte et le moulin à vent”. Au parti présidentiel, il se dît que son partenaire digère mal sa défaite à la présidentielle de 2018. Il a des remords et rumine l’éjection de Félix Tshisekedi par tous les moyens pour espérer reprendre les commandes du pays. Pour ce faire, “des coups bas, des crocs en jambes et peaux de bananes. Bref, le rouleau compresseur pour évincer le cinquième Président de la RDC était actionné pour que ce dernier heurte une pierre“, a laissé entendre l’un des quatre fédéraux de Kinshasa, ayant requis l’anonymat.

C’est une guerre froide larvée. “Dans les officines des alliés, il faut piéger Fatshi qui, aux dires des uns et témoignages des autres membres du FCC, donnait au début l’impression d’un enfant docile, manipulable“, insiste la même source.

Selon les cadres du parti au pouvoir, le Premier citoyen congolais a ainsi, de plusieurs manières, défait des nœuds et contourné des pièges de tout genre. A défaut d’obtenir la tête du fils du Lider maximo, c’est celle de Jean-Marc Kabund qui est mise à prix.

Les messes noires

Dans un long entretien accordé à Medi@ Plus, Mr Juvenal Mukendi, cadre du parti de L’UDPS/Tshisekedi estime que l’ancien régime rebaptisé FCC a décidé de mijoter à visage couvert, des épisodes peu orthodoxes pour couler le Chef de l’Etat à travers ses fervents collaborateurs.

Ils ont résolu de recourir au député du MLC pour obtenir la destitution de Kabund a Kabund. Mais l’homme par qui la destitution est arrivée n’a pas vu le piège au-delà du rideau. Il est traîné devant la justice“, poursuit-il.

Mission accomplie ?

Le Premier Vice-président de l’Assemblée nationale tombe, et les Kabilistes jubilent. “Ils ont exhibé la vigueur de leurs biceps”, conclut Juvena Mukendi.

Quelques minutes après le pugilat à hémicycle et le coup réussi du FCC, Jean-Marc Kabund affirme que sa déchéance n’est pas une surprise. “C’est sans surprise pour moi. Ce passage en force du FCC est la preuve que le complot était ourdi et va au-delà de ma destitution. En vrai Tshisekediste, je quitte ce poste la tête haute et sans compromission. Fier d’avoir défendu notre idéal de combat, notre pouvoir et le Président“, a-t-il indiqué via son compte Twitter.

Pour plusieurs analystes, le péché du numéro 1 de l’Udps est d’avoir empêché la tenue du Congrès budgétivore qui visait la destitution du Chef de l’État, sous prétexte d’autorisation de l’Etat d’urgence sanitaire. Il a également fait perdre aux élus nationaux de grosses dividendes avec ce rendez-vous manqué.

Le lundi 25 mai, les Kabilistes pensent avoir eu la tête de Fatshi par-devers celle de Jean-Marc Kabund.

En scrutant bien les événements, il y a lieu de déduire que la guerre chaude vient de commencer au sein de la coalition. La joie et les chansons triomphantes ont, selon toute vraisemblance, la durée de la rosée. Car, l’Udps affirme posséder un revers de médaille pour rendre à son partenaire la monnaie de sa pièce. “S’ils persistent dans leur schéma, nous allons tirer toutes les conséquences,” martelait le Secrétaire national en charge de communication et porte-parole de l’Udps, Simon Kalenga.

Désormais, la coalition ressemble à une citerne lézardée. Les épées ne sont plus enfouies dans leurs fourreaux. La voile est levée. La destitution du président a.i de l’Udps au bureau de l’Assemblée nationale parait, aux yeux de bon nombre d’observateurs, un déclic d’une crise menant inexorablement vers la déconfiture de la coalition, mieux la dissolution du Parlement. ” C’est le prix à payer pour le développement du pays“, estime Jean-Claude Katende de l’Asadho.

Dès lors, l’alliance au pouvoir traverse une zone de turbulence, à tel enseigne que tout peut arriver et à tout moment.

Bajika Ndeba

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