samedi, avril 17
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Procès programme de 100 jours: l’art du détournement “professionnel” et “intellectuel”

Devant les juges, Vital Kamerhe, poursuivi en RD Congo pour détournement de deniers publics et corruption, argue n’avoir jamais touché à l’argent destiné aux travaux du programme d’urgence de 100 jours du président Félix Tshisekedi lancé en mars 2019, oubliant qu’il a ordonné à la Banque centrale du Congo de verser 57 millions USD à Jammal, trois mois avant la conclusion du marché par l’État congolais.

Que retenir de l’audience publique du lundi 25 mai 2020 ? En réponse à cette interrogation, l’analyste Joseph Musangu note qu’il y a eu deux couacs. En effet, en 2018, un contrat avait été signé en bonne et due forme, pour 900 maisons préfabriquées de 27 millions USD par Bitakwira, alors  ministre du Développement rural.

« Détournement intellectuel et professionnel de la part d’un justiciable »

Le Programme d’urgence de 100 jours du président Félix Tshisekedi a revu à la hausse le nombre de maisons, allant de 900 à 1500.

Et avant même de régulariser le nouveau contrat, sans que l’Office de contrôle des marchés publics ait donné son avis favorable, Vital Kamerhe, directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, avait déjà demandé à la Banque centrale du Congo (BCC) de verser 57 millions USD dans le compte de Jammal Samith, en mars 2019, mois du lancement du programme présidentiel.

Or, le ministre Bitakwira avait saisi l’OCMP pour la régularisation du marché de 1500 maisons en juin 2019, soit trois mois après que Kamerhe ait déjà agi. On se rend à l’évidence que les 57 millions USD avaient été versés trois mois avant la conclusion du marché.

En bref, tel que l’a relevé le Ministère public, il s’agit dans ce cas d’un « détournement intellectuel et professionnel de la part d’un justiciable ». De son côté, le juriste Gustave de Berlin fait remarquer que le procès n’est qu’au début.

Hommage au regretté juge Raphaël Yanyi Ovungu, président de la composition, qui a fait du bon travail. Mais, le sort en a décidé autrement. Jusque-là, ce procès est équitable.

Il faut être très appliqué et suivre exactement les questions posées par le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe aux prévenus.  Kamerhe pose des questions aux juges, Jammal s’emporte. Il est à se demander pourquoi, que ce soit Jammal ou Kamerhe, aucun d’eux ne donne une réponse claire, précise et courte au juge.

Curieusement, c’est le prévenu Kamerhe qui se complaît à poser des questions aux juges. Et, de son côté, Jammal s’emporte au lieu de garder son sang-froid. Au cours de cette audience, on a remarqué le bavardage de Kamerhe ou les élucubrations de Jammal.

Le juriste Gustave note, à ce sujet, que Kamerhe, en bon politicien, cherche plutôt à « protéger » sa casquette d’homme politique en pensant manipuler les téléspectateurs que nous sommes.

Au lieu de répondre aux questions posées, il se perd à lancer des messages politiques à ses sympathisants, en confirmant qu’il est toujours directeur de cabinet.

Brèves questions, réponses longues

À chaque question simplement posée, Vital Kamerhe se perd, pendant 10 minutes, à expliquer les états d’âme de ses enfants, de sa belle-sœur ou de son épouse. C’est tellement criant que, même le tribunal, doit aussi l’avoir remarqué.

En lui rappelant qu’il a cité beaucoup de gens, le juge président a voulu intelligemment lui faire comprendre qu’il est lui-même l’artisan de son propre piège. « En effet, M. Kamerhe est tombé lui-même dans son propre piège », relève le juriste Gustave. Il renchérit: « Le tribunal fera venir tous ces gens cités dans des bavardages vides de tout sens, des personnes qui peuvent même le couler ».

Voilà pourquoi, avant de lever l’audience du 25 mai 2020, le juge président a fait la  remarque suivante :

« Nous risquons de naviguer à vue ».

 C’est la raison pour laquelle, il a préféré suspendre l’instruction, afin de continuer, à la prochaine audience,  avec la comparution des personnes citées. D’ailleurs, cette décision semble avoir pris de court les avocats de la défense.

Tout le monde a remarqué comment les avocats de Vital Kamerhe se sont levés pour s’opposer à la comparution de Mme Amida Shatur Kamerhe, dont le nom figure pourtant dans certains procès-verbaux versés par le Parquet au greffe du Tribunal. Il y a donc eu une sorte de panique dans un certain sens.

Bien plus, « le prévenu Kamerhe ne parvient pas à assimiler la leçon  d’apprendre à se taire s’il n’est pas questionné et à répondre seulement à la question lui posée par le juge et à laisser le bavardage à ses avocats ».

Du show à la barre

Le fait que le prévenu Kamerhe demande à tout moment sa mise en liberté provisoire montre que c’est lui qui est demandeur et non le juge. Le juge a tout son temps.

En Allemagne, pareil procès peut durer jusqu’à 6 mois et, quelques fois même, jusqu’à une année. Lorsque Vital Kamerhe clame, devant les juges, qu’il est innocent et qu’il ne comprend pas ce qu’il fait à Makala, ça c’est du show destiné au public.

Car, le tribunal lui a fait comprendre, dès le début du procès, qu’il est poursuivi par l’organe de la loi pour détournement, corruption et blanchiment des capitaux.

Rigueur de la justice pour l’État de droit

Au sujet de l’indépendance de la magistrature qui est mise en ce moment à dure épreuve, le professeur Eddy Tshimanga note, de son côté,  dans un tweet :

« Il n’y a que les criminels politiques et les gestionnaires malfaiteurs qui peuvent maladroitement et de façon indigeste parler de la psychose judiciaire. Que vaut l’État de droit dans un pays sans la rigueur objective de la machine judiciaire ? ».

Par D. Mupompa

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