dimanche, février 28
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Kinshasa : le calvaire des Ujana pendant le confinement

Les filles offrant leurs services corporels aux partenaires occasionnels dans des endroits ambiants de Kinshasa, meurent de faim, suite au covid-19 qui exige la distanciation sociale. Les potentiels clients restent chez eux, tel que recommandé par le gouvernement pour éviter la propagation.

Les plus jeunes filles qui exercent la prostitution à Kinshasa sont appelées « Ujana ». Leur quartier général pour la commune de Kinshasa est désert. Il ressemble à un village désolé après les larves du volcan. Nous sommes sur l’avenue Kabambare, tronçon compris entre avenues Bokasa et  la maison communale de Kinshasa.

En temps ordinaire, ce rectangle ambiant est en ébullition à partir de 19h jusqu’au petit matin. Les jeunes filles s’y immobilisent le long de l’avenue Kabambare, telles des mannequins dans une boutique d’habillement de luxe, abordant tout passant, éventuel client.

Elles attendent des partenaires occasionnels. C’est leur gagne-pain. Leur âge varie vraisemblablement entre 14 et 20 ans. Mais il y a aussi une autre génération de plus expertes, des mamans d’un âge très avancé, mais rajeunies nuitamment par mascara. Elles sont localisées plus à Matonge, devant l’IMCA, sur l’avenue Kasa-Vubu, entre les avenues Kanda Kanda et Inzia.

Mais sur Kabambare, aucun mouvement n’est signalé actuellement. L’espace des amoureux circonstanciels est vide, contrairement aux habitudes. Aucune Ujana n’est visible en ce lieu. « Elles n’auront aucun client pendant ce temps de confinement », renseigne une vendeuse des beignets trouvée sur place.

Il est 21h. C’est à pareille heure que le triangle prend le rythme endiablé.  En temps ordinaire, les hommes, tout âge confondu y défilent, à la recherche d’une proie. Deux immeubles inachevés servent de cadres, après négociations de moins d’une minute. La plupart de ces « filles qui se livrent à la prostitution en ce lieu n’ont pas un bagage intellectuel », affirme John Mwenze, un cinquantenaire qui gère l’endroit obscur qui accueille des amoureux. Lui aussi se plaint, étant donné qu’il vit des activités sexuelles dans cet immeuble inachevé.

Covid-19, le mal nécessaire

A la question de savoir pourquoi les Ujana ne sont pas au rendez-vous ce dernier temps, les ordinaires du lieu affirment que les garçons et papas sont confinés chez eux. Ils ont peur de coronavirus. Ils observent la distanciation sociale. « Restez chez vous », répètent tous les médias à longueur des journées.

Pendant ce temps de confinement, les Ujana ont sensiblement fondu et meurent de faim. Elles sont les premières à maudire le covid-19. Certaines d’entre elles sont obligées de vendre les cache-nez aux endroits publics. D’autres par contre, apprennent à vendre les patates douces grillées le long des avenues de leur commune.

« La Covid-19 est un mal nécessaire pour les Ujana qui sont obligées d’apprendre un métier », explique un évangéliste de l’Assemblée chrétienne de Kinshasa (ACK), devant laquelle ces actes ont lieu. Cet homme de Dieu avoue avoir été invectivé chaque fois qu’il invitait ces filles à venir à l’église.

Aux dires des habitants de ce quartier, les Ujana souffrent et n’ont quoi mettre sous la dent. Celles qui ont changé la couleur de leur peau craignent de vendre à la criée, parce que devenues ennemies du soleil.

« Si le déconfinement tarde, certaines seront enterrées. Elles vivent loin de leurs familles et louent des pièces uniques ou studio à cinq, voire à huit », a précisé un responsable d’une cabine téléphonique, sur l’avenue de l’école. La plupart d’entre ces filles sont en rupture sociale.

Les plus têtues tiennent tête et attendent impatiemment la fin des mesures d’urgence sanitaires pour reprendre le plus vieux métier du monde. A la réouverture imminente des bars et terrasses, la joie des Ujana sera à son comble. Peut-être que certaines se seront converties.

Bajika Ndeba

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