mardi, avril 20
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Congo-Kinshasa: République des diplômés ou des diplômes ?

Le Congo de Lumumba, ce géant d’Afrique, se trouve à la croisée des chemins et donne à penser. Ce scandale géologique aux mamelles desquelles sont suspendues les Nations lointaines et voisines connaît un paradoxe viscéral.

Avant hier État indépendant du Congo, Congo Belge, République du Congo-Kinshasa, hier le Zaïre et aujourd’hui République démocratique du Congo (RDC), le pays est connu, non seulement pour ses immenses richesses, mais aussi pour sa faune et sa flore.

Il est également connu pour son élite, ses éminences, ses figures de proue.

La notoriété de ses fils a transcendé les frontières continentales. Des avenues de beaucoup de pays portent le nom de Lumumba.

Joseph-Désiré Mobutu était craint à travers le monde. Plusieurs autres personnalités ont fait ou font parler d’elles sur la planète terre.

Si, en politique le nombre des célébrités est important, celui des athlètes et stars éparpillées à travers le monde ne l’est pas beaucoup moins.

La RDC a même un Prix Nobel, Docteur Mukwege. Le Congo a un record en intellectuels. Les professeurs des Universités sont innombrables. La crème intellectuelle croit vertigineusement chaque année. Certains Congolais enseignent dans de grandes universités du monde.

Cependant, il y a contraste, un trou béant entre les intelligences et le modus vivendi des Congolais. Ce pays, qui compte plusieurs professeurs, devrait logiquement prêcher l’exemple d’un développement intégral et intégrant.

Ironie du sort. La RDC est le seul pays au monde où les professeurs et les autres intellectuels se comportent comme “monsieur tout le monde”.

Les intellectuels politiques, surtout, créent des scandales à longueur des journées. Pour un poste au gouvernement ou dans une entreprise, un professeur rampe, fait des courbettes. Ils sont spécialistes en interpellation tendancieuse de la Constitution de la RDC.

Les professeurs de tous les camps politiques interprètent différemment un même texte, une même loi. Les élites interprètent les articles de la Constitution selon leurs tendances politiques.

Le sens des textes est dénaturé selon que l’on est de telle ou de telle autre famille politique.

La faute de l’élite

Pour une certaine opinion, si la RDC tarde à décoller, c’est à cause de son élite, ses éminents professeurs dans le gouvernement, dans les entreprises, dans les partis politiques. L’homme politique congolais a perdu le sens de l’éthique, de l’élégance politique.

Ce sont ces politiciens qui se sont battus bec et ongles pour accorder un troisième mandat du Chef de l’État sortant. N’eut été la vigilance populaire et la pression de la nébuleuse communauté internationale, Joseph serait encore au pouvoir“, relèvent des analyses politiques.

Ces sont les mêmes intellectuels qui sont des ” Kulunas ” en cravates, eux qui opèrent sans laisser des traces. Le détournement intellectuel ou criminel, ce sont toujours et encore eux. Ce se sont eux qui font passer ou voter des textes indigestes. Ils torpillent les lois du pays sans aucune autre forme de procès.

Les intellectuels, professeurs de surcroît. sont utilisés comme de petits enfants pour de sales besognes. Désormais, ce sont eux les plus corrupteurs et les plus corrompus.

Je me demande s’il faut encore continuer à envoyer nos enfants à l’Université, car ceux qui y enseignent sont loin d’être des exemples“, s’interroge un vendeur des journaux au rond-point Victoire.

Un avocat de la partie civile au procès de 100 jours avait raison de dire qu'”un intellectuel est une denrée rare“, quand il expliquait le modus operendi d’un détournement criminel.

Le Front commun pour le Congo (FCC) est plein d’éminents professeurs qui ont dirigé le pays endéans 18 ans. Et les résultats sont plus qu’alarmants. La liste des détournements et d’aventures à l’instar de Bukanga Lonzo, est très longue.

Ce sont des professeurs d’université qui ont détruit ce pays et ses entreprises comme la Gecamines, la Miba“, maugrée un mineur.

Sans repère

Ce sont ces intellectuels qui ont hypothéqué l’économie de la RDC contre des espèces sonnantes et trébuchantes reçues des Indo-pakistanais, des Libanais, notamment.

Ce sont les mêmes qui exploitent les membres de leurs partis politiques. Et quand arrive l’heure du partage des butins, ce sont leurs familles d’abord. Ils sont nombreux au Parlement qui votent des lois iniques, montent des coups contre les autres en vue de créer une crise institutionnelle.

Oui, les intellectuels de mon pays font quotidiennement des scandales avec des mineures dans leurs voitures teintées, dans leurs bureaux impunément“, déplore un parent.

Voilà qui donne des insomnies aux jeunes qui n’ont pas de repère, des modèles. Beaucoup de diplômes au Congo-Kinshasa, mais très peu de diplômés. Certes, un diplôme est une présomption, et le Congolais est convaincu qu’il y a trop de diplômes, surtout que n’importe qui peut en acheter.

” Le nombre d’intellectuels ne doit pas nous impressionner, beaucoup d’entre eux ne méritent aucun égard. Avoir un diplôme est une chose, et savoir se comporter comme détenteur de ce précieux papier, est une autre. Heureusement qu’il y a une exception. Les valeureux intellectuels sont rares et comptés au bout de doigts. Mais, ils existent tout de même. En un mot comme en mille, certains professeurs et autres élites devraient subir un formatage pour devenir plus humains, plus modérés, plus exemplaires et utiles à la société.

L’envol multisectoriel de la nation en dépend.

Bajika Ndeba

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