vendredi, mars 5
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La « diplomatie spirituelle » de Tshisekedi en marche

Une invitation pour une visite officielle en Israël est sur la table du président Félix Tshisekedi. Son menu est la « discussion sur les affaires d’intérêt commun » entre le Chef de l’État congolais et le Premier ministre israélien Benjamin Nentanyahu.

Les deux hommes d’État se sont très rapprochés ces derniers temps. Ils avaient eu, en mai 2020, un échange téléphonique important sur la Covied-19, les Investissements israéliens en RDC, les finances, la défense et la sécurité, la cybersécurité, l’agriculture, l’agroalimentaire et la technologie de l’eau.

Le réchauffement diplomatique entre Israël et la RDC semble au beau fixe. En l’espace de 5 mois (mars – juillet 2020), ils ont établi des contacts fructueux et importants.

Fraternité chrétienne entre la RDC l’Israël

Tout commence le 1er mars 2020, lorsque Félix Tshisekedi prononce un discours qualifié d’historique, devant l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), un grand lobby américain pro-Israël.

Le 15 mars, au Fleuve Congo Hôtel, à Kinshasa, Félix Tshisekedi assiste à un culte œcuménique de réaffirmation des liens d’amitié et de fraternité entre les chrétiens de la RDC et ceux d’Israël.

Pour l’occasion, le Grand Rabbin, Albert Guigui, attaché au Consistoire central israélite de Belgique depuis 1980, arrive à Kinshasa.

Puis, il y a l’entretien téléphonique chaleureux de mai 2020, intervenu quelques jours après la fâcheuse intervention médiatique du consultant diplomatique israélien Christian Malard.

Et pour le 60ème anniversaire de l’Indépendance de la RDC, Benjamin Netanyahu félicite les Congolais et dit son intention d’étendre davantage le partenariat israélo-congolais.

Le rapprochement RDC-Israël, voulu par Félix Tshisekedi énerve certaines sensibilités politiques.

Le 5e président congolais a déclaré tout son amour pour la « nation de Dieu ». Ce que ses prédécesseurs – Joseph Désiré Mobutu, Laurent Désiré Kabila et Joseph Kabila – n’ont pas fait.

Joseph Désiré Mobutu est allé même, dans son discours historique à l’Onu (1973), jusqu’à fermer les tiroirs en préférant un frère (Egypte) à un ami (Israël).

Jusqu’à Tshisekedi, la RDC s’est toujours rangée derrière la position de l’Union Africaine (UA) quand il faut parler des relations israélo-palestiniennes, éternellement tendues.

Le revirement de Tshisekedi est passé comme de l’huile jetée sur le feu dans le camp du Front Commun pour le Congo (FCC) avec lequel il compose la coalition au pouvoir.

L’agitation de la famille politique de Joseph Kabila se fait sentir dans les critiques de tous les communicateurs qui ont investi les médias au mois de mars 2020.

Mais, c’est le président du Sénat, Alexis Tambwe Muamba, ancien ministre des Affaires étrangères de la RDC sous Joseph Kabila, qui va jeter le pavé dans la mare.

« Tout en étant une bonne nouvelle de compter l’État d’Israël parmi les amis de la RDC, il conviendra de travailler beaucoup pour ne pas énerver nos relations et notre solidarité avec l’ensemble de l’Union Africaine », a-t-il conseillé, tout en craignant le refroidissement des rapports entre l’UA et la RDC par le fait de cette nouvelle politique étrangère de Tshisekedi.

Le discours et la nouvelle ligne diplomatique de Félix Tshisekedi se passent sur fond du satisfécit des chrétiens (93% de la population congolaise est chrétienne, selon l’étude réalisée par le cabinet Target en 2017).

Ces « avertis spirituels », au nombre desquels, certains pasteurs qui sont dans l’ombre de la Maison civile du Chef de l’État, voient le contraire : se rapprocher d’Israël est une belle occasion que la RDC ne doit pas rater.

Mais, dans le contexte politico-diplomatique, où la morale chrétienne n’a pas plus de place et d’effet, le président congolais est vu comme un rêveur. De ce fait, il se laisserait distraire au lieu de se concentrer sur les vrais problèmes de son pays.

Ce que gagne la RDC

Si le salut de la RDC devait passer par cette délivrance spirituelle, c’est que le pays de Lumumba doit se mettre en bons termes avec la nation que Dieu a bénie, car « le salut vient d’Israël ».

C’est donc la démarche de FATSHI, qui vise « la restauration de l’autel de Dieu » en lieu et place des sacrifices humains auxquels était livrée la RDC.

L’effort à fournir est gigantesque car ce n’est pas facile d’enlever la viande dans la gueule de la bête.

La RDC devra ainsi profiter de la bénédiction des Juifs. Ce qui amenuiserait la puissance des Libanais, Indiens, Pakistanais…, maîtres de toutes sortes des combines affairistes, pourvu que leurs intérêts soient satisfaits.

L’opinion congolaise n’a jamais assez exprimé son ras-le-bol quant à leur omnipotence et leur omniprésence dans l’économie congolaise. Mauvais traitements des employés congolais, vente des produits avariés, brandissement des menaces à l’endroit de tout Congolais qui les dénonce, car bien protégés par certaines hautes personnalités congolaises qui tiennent de grandes actions dans leurs affaires….

Les Congolais n’ont jamais décoléré face à l’état de l’économie de leur pays.

Si certaines personnalités politiques tirent profit dans l’ombre des bavures que commettent ces Asiatiques, elles ne voudront pas voir Tshisekedi sécher le robinet.

Pourtant, plusieurs Congolais ont déjà élevé la voix pour regretter le fait que, durant les deux dernières décennies, l’économie congolaise soit tenue plus par par les expatriés asiatiques que par des fils du pays. Ce, contrairement à la IIe République qui comptait plusieurs nationaux – Bemba Saolona, Augustin Dokolo, Moleka, Danguele, Kansebu, …- comme maîtres dans le monde des affaires.

Tshisekedi, qui a affiché son intention de créer des millionnaires congolais, se voit ainsi buté à l’égoïsme de ceux qui ont investi des capitaux dans les affaires des Asiatiques.

Faire l’appel à Israël serait synonyme de leur perte du pied sur pédale. Ce qui peut expliquer l’agitation de certains quant à la nouvelle donne diplomatique promue par l’enfant de la 10e rue.

En plus de la destruction des autels maléfiques, traiter directement avec Israël est le signe d’une grande maturité diplomatique.

La RDC, de par sa renommée, sa grandeur et son importance géopolitique, mérite d’avoir, pour interlocuteurs valables, les États plutôt que des individus.

Une politique mise en place par le régime sortant qui, au lieu des échanges directs RDC- Israël, a remis le pays entre les mains du Juif Dan Gertler (1476ᵉ milliardaire de la planète, et 14ᵉ d’Israël), dont la fortune ne s’est jamais dépassée de l’odeur compromettante.

La diplomatie directe État-État sera profitable à la RDC à l’instar de l’Ethiopie et du Rwanda, dont les rapports directs avec Israël ont largement contribué à leur essor économique.

Le chemin est en train d’être tracé pour que la RDC soit présente, aux grandes messes diplomatiques, en face de grands décideurs.

En effet, dans les milieux chrétiens congolais, le malheur du grand Congo est expliqué par son éloignement diplomatique de la « Nation de Dieu ».

« Pactiser avec elle, serait ainsi s’exposer à la bénédiction divine », croient les ténors de la « diplomatie spirituelle ».

Vrai ou faux ? Le débat est lancé. Mais, est-il que la RDC a besoin de goûter à une autre recette que celle lui imposée ces vingt dernières années.

Par Rif KAL

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