mercredi, février 24
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Tshangu : ce faiseur des leaders politiques

Pourquoi Jean-Pierre Bemba a-t-il choisi de commencer sa marche, du lundi 13 juillet, à Tshangu ? A qui appartient la majorité de la Tshangu ? Ces questions valent leur pesant d’or et reviennent constamment lors qu’il y a marche des partis politiques.

Le district de la Tshangu, regroupant les communes de Masina, Ndjili, Kimbanseke et N’sele, est surnommé avec raison “Chine populaire”. C’est la partie la plus populeuse et mouvementée de la capitale Kinshasa.

Sa population est très mobilisée pour des manifestations de toutes les couleurs. Un sociologue contemporain parle “d’une couche populaire malléable “, parce qu’elle se laisse pénétrer par toutes sortes de discours.

La marche organisée par Lamuka, lundi 13 juillet, est venue confirmer cette thèse. Les leaders de cette plateforme avaient prévu le Palais du peuple comme point de chute de leur marche, mais ils choisissent tous et à dessein de débuter par la Tshangu. Jean-Pierre Bemba habite Gombe, mais préfère aller à la Tshangu, passant devant sa base de l’avenue de l’Enseignement dans sa jeep.

Lisanga Bonganga, Daniel Nsafu, Mike Mukebay et tous les autres cadres de Lamuka ont préféré commencer par là. Oui, là-bas ils ont drainé des foules nombreuses, mais pour un court parcours.

Quand Martin Fayulu organise une marche, Tshangu est le point de départ. Mais pourquoi préfèrent-t-ils la Tshangu ?

Tous les leaders de Lamuka qui n’habitent pourtant pas ce district, ont la même stratégie : Tshangu. Un champ où tout le monde peut glaner. A première vue, Lamuka a une majorité écrasante de ce côté là. Mais non, Joseph Kabila est aussi applaudi là-bas, quand il en a envie. Il suffit qu’il salue un groupe de gens en passant, ce sont toutes les communes qui accourent chanter à sa gloire.

Quand Félix Tshisekedi et Jean-Marc Kabund passent aussi par là, personne ne reste à la maison. Leur passage s’apparente à l’entrée messianique à Jérusalem.

A dire vrai, la majorité de Tshangu est impersonnelle, virtuelle. Le défi est lancé aux plateformes politiques. Le seul thermomètre pour prouver sa majorité a Kinshasa, est de commencer sa marche à partir de la Tshangu jusqu’au Palais du peuple. Tshangu accueille tout le monde. Il avait accueilli les rebelles du RCD. ” Vive la démocratie “, pouvait-on lire sur les calicots à l’entrée de ces rebelles, avant de les pourchasser.

La majorité de Tshangu constitue un agrégat. N’importe quel leader peut la mobiliser. S’en approprier est erroné, une erreur volontaire. Un musicien congolais l’a si bien dit dans l’une de ses chansons : ” Si vous jouez l’enlever des rideaux de la rencontre Vita-Imana au Stade, ces spectateurs qui vous applaudissent ne sont pas venus pour vous. Ne vous dites pas populaire “.

Pour le professeur Godefroid Ilonga, sociologue de son état, “seul Étienne Tshisekedi a été le seul capable de mobiliser de la Tshangu jusqu’au Palais du peuple, et cela plusieurs fois“.

Pour le sociologue, Lamuka savait qu’il lui sera impossible de mobiliser jusqu’au Palais du peuple, voilà pourquoi il a préféré le raccourci. Mobiliser à Tshangu est plus facile qu’à Mont Amba, Lukunga,…

Après la danse, les tambours pèsent”, enseigne un sage anonyme. Et un autre de renchérir :La fête passée, adieu les saints“. Après la marche, Tshangu est oublié. Personne ne pense à cette population qui l’a applaudi et fait ses éloges. Aucun de ses leaders n’a construit là-bas ni dispensaire, ni école, pas même une résidence. Pourtant, beaucoup ne sont leaders qu’à Tshangu. Extirpé de là, on devient citoyen lambda.

Par Bajika Édouard

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