vendredi, mars 5
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La RDC entre sauver des vies et l’année scolaire

Les ministres de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST), Willy Bakonga et son collègue de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), Thomas Luwaka, tiennent mordicus à la reprise des cours, lundi 10 août 2020, sur toute l’étendue du territoire national.

Nonobstant les remarques et conseils de certains experts du système éducatif, les deux ministres ne jurent que par la reprise des cours.

Parce que, convaincus des risques de cette reprise, ils proposent dans un premier temps, que seuls les finalistes du primaire, secondaire et académique reprennent les cours.

Selon le calendrier publié ce vendredi, les activités scolaires et académiques ne dureront qu’un mois. Curieusement, Willy Bakonga et Thomas Lohaka ne disent pas à quand la reprise des classes montantes.

Le ministre de l’EPST se contente de quelques cours donnés à la télévision pendant deux mois. Encore faut-il préciser que ce ne sont pas tous les cours prévus dans le programme qui sont dispensés lors des classes télévisées.

Des Congolais se sont levés pour déplorer qu’en provinces où le courant est une denrée rare, les élèves n’ont pas eu la possibilité de suivre ce programme qui relève du “m’as-tu-visme”. Même ici à Kinshasa, d’autres élèves ne sont pas intéressés. Pourtant, les ministres ne jurent que par la reprise des cours.

La pandémie de Coronavirus avait obligé le Président de la République à décréter l’État d’urgence sanitaire. Depuis le 24 mars dernier, toutes les activités et tout rassemblement de plus de vingt personnes étaient interdits pour éviter la propagation de Covid-19. Les activités scolaires et académiques étaient aussi suspendues, alors que le programme n’était pas terminé.

La date du calendrier normal étant déjà passé, beaucoup de parents ont pensé qu’il est judicieux de prendre courage et annoncer une année blanche afin de sauver les vies des enfants, au lieu de sauver l’année scolaire.

Infrastructures non conformes

En RDC, les conditions sanitaires ne sont pas propices pour accueillir présentement les enfants qui adorent jouer et courir dans tous les sens quand ils sont ensemble. Les mesures barrières ne seront pas respectées partout. Certains pays ont osé reprendre les cours, mais ont dû vite refermer parce que la situation redevenait incontrôlable.

En dépit des revendications des syndicats des enseignants du secteur public qui réclament le paiement des Nouvelles unités (NU), plusieurs acteurs sociopolitiques recommandent que les enseignements reprennent l’année prochaine, le temps de riposter d’abord contre la Covid-19.

Mais comme il y a à boire et à manger, l’EPST et l’ESU ferment les oreilles aux conseils des sages. La raison de cet entêtement est connue. Les dividendes que procure la publication des résultats des examens d’État sont chiffrés à des millions de dollars. Ajouter à cela les frais des diplômes et des certificats. Voilà qui pousse les ministres à s’obstiner.

Entre sauver des vies humaines et une année scolaire, l’EPST et l’ESU ont opté pour l’année scolaire et académique. “Ces ministres veulent accorder des diplômes non mérités aux enfants qui n’ont pas épuisé la matière. Quelle élite préparons-nous pour demain?“, s’est interrogé Moussa Mundala, parent révolté par la reprise des cours ce 10 août.

Bahati Lukwebo, président national du parti politique ” Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC)”, est intervenu plusieurs fois, appelant à une année blanche afin de sauver des vies des enfants qui ne sauront pas se protéger une fois ensemble. Personne ne l’a écouté.

Il revient en dernier ressort au Chef de l’État d’interpeler les deux ministres qui traitent ce dossier avec légèreté. ” On bat le fer tant qu’il est chaud “, dit-on.

Par Bajika Ndeba

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