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RDC : les administrateurs des territoires meurent de faim

Les administrateurs des territoires et leurs assistants en République démocratique du Congo (RDC), vivent dans une disette jamais connue dans aucun autre pays de la planète.

La plupart n’ont ni salaire ni prime, alors qu’ils sont obligés d’être au travail du 1er au 30, puis de janvier à décembre, tout en étant dans l’incompatibilité d’exercer d’autres activités comme le commerce ou tout autre job.

Dans les provinces où il n’y a aucun minerai, les administrateurs broient du noir et n’ont rien d’enviable.

Dans la province de Lomami, à titre illustratif, les responsables des territoires sont les plus misérables du monde des humains. Dans le territoire de Ngandajika, tous les trois administrateurs se trouvent dans ce tableau de choc. L’administrateur titulaire et l’assistant chargé des finances totalisent 12 ans de prestation. Ils n’ont jamais entendu, ni touché un salaire.

Pourtant, toujours en RDC, les domestiques des ministres et des gouverneurs, leurs chauffeurs, coiffeurs, jardiniers etc. sont budgétisés et rémunérés. Dans la territoriale, les administrateurs se mordent les doigts.

Là, c’est le chacun pour soi. Les gouverneurs ne s’occupent plus des dirigeants territoriaux, même chose pour le gouvernement de la République.

“Pendant que les poches des autorités au plus haut niveau sont pleines de frais de mission et de jeton de présence qui les aident à boire du champagne, manger humbourger, nous nous manquons de tout”, se plaint un administrateur qui a requis l’anonymat.

Et ce dernier de s’alarmer :” Même pas 1 franc congolais comme compensation de nos prestations vis-à-vis d’un Etat ingrat “.

Une souffrance aiguë

Pour un administrateur adjoint, dont les enfants sont régulièrement chassés de l’école pour les frais, les larmes inquiètent. ” L’Etat congolais tend à faire disparaître nos familles”, s’attriste-t-il, inconsolable.

Un administrateur de territoire au Congo est incapable d’offrir du fufu au poulet à un visiteur improvisé sans s’endetter. Il ne peut prendre du thé au lait que parfois, s’il est malade. Il n’a ni moyen de transport, ni moyen de communication, ni les soins de santé, etc.

“Je me souviens que l’assistant à qui j’ai succédé a œuvré pendant 10 ans et il s’est retrouvé viré par l’ordonnance du 18 janvier 2018. Il ne s’est retrouvé nulle part et l’État congolais l’a remercié comme tel. Il n’est pas le seul à avoir subi cette injustice, les cas sont légion, je n’ai donné qu’un spécimen “, affirme un autre administrateur chargé de politique, administration et affaires coutumières.

Il y a peu, le gouvernement Tshibala avait déployé l’ex-Ministre Bongongo dans les provinces pour distribuer les matricules en cascade. Cette situation demeure non résolue jusqu’à ce jour.

Promesses non tenues

“En Août 2019, nous avons reçu Maitre Kabila muana Kabila, conseiller à la Présidence de la République. Nous lui avions expliqué cette difficulté, il avait promis d’en parler au Chef de l’État, jusqu’aujourd’hui, silence tombeau”, indique un autre, grinçant les dents.

“La territoriale que nous faisons est appelée de proximité. Il faut être proche de la population dirigée, mais on va atteindre les milieux lointains par quelle magie si l’État congolais montre ses limites à doter des motos à trois administrateurs par territoire”, monologue-t-il.

Et un autre d’ajouter : “Nous gérons les territoires au quotidien avec tous les risques pour nous -mêmes et pour nos foyers. Il y a impérieuse nécessité que le gouvernement de la République nous vienne d’urgence en aide. Nous avons droit à la vie”, lancent-ils en pleurs leur cri du cœur.

Aux difficultés précédentes s’ajoutent les arriérés des frais de fonctionnement de neuf mois. A ce jour, il leur est vraiment difficile d’avoir les intrants de bureau (papiers, stylo….), or le territoire sont déconcentrés.

Il est temps que l’Etat congolais prenne ses responsabilités, avant que le pire n’arrive à ces hommes et femmes qui meurent de faim dans la territoriale. Le contraire exposerait ces administrateurs à une corruption et mendicité forcés.

Par Bajika Ndeba

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