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Kinshasa : calvaire des sensibilisateurs de la Croix rouge contre la Covid-19

Des structures, parfois volontaires, s’associent à leur manière à la sensibilisation de la population contre le terroriste sanitaire qu’est le coronavirus. Parmi celles-ci, se trouve en premier lieu la Croix rouge internationale. Dès l’aube de la pandémie de Covid-19 en RDC, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a offert son soutien aux activités de prévention, notamment par la formation des bénévoles, la fourniture des matériels de sensibilisation à travers le pays. Média plus en décrit les réalités auxquelles les volontaires font face sur le terrain de la sensibilisation aux gestes barrières. Calvaire et hostilité.

Les volontaires de la Croix-Rouge se heurtent souvent à l’indifférence d’une population qui doute même de l’existence de la pandémie. Photo : Jonathan Busasi Nsalimbi / CICR

La bonne partie des 13 millions d’habitants de la capitale Kinshasa ignorent les mesures de prévention qui s’imposent. La sensibilisation aux gestes barrières, menée par des volontaires de la Croix-Rouge déployés à travers la ville, constitue un défi réel et périlleux.

A Makala, l’une des 24 communes de la ville de Kinshasa, le dispositif de lavage des mains, placé devant la maison communale, ne suscite pas l’engouement. Le thermomètre infrarouge, disponible pour relever la température, est à peine utilisé. Les affiches de prévention contre la pandémie, pourtant très visibles, n’attirent quasiment personne.

L’équipe de secouristes de la Croix-Rouge interpelle, en vain, la population sur le respect des mesures barrières. « Qu’ai-je mangé pour que je me lave les mains ? », lâche une jeune femme pour narguer les sensibilisateurs. « Cette maladie n’est pas mon problème », déclare un autre passant.

Sur cette grande route de terre, parsemée de grosses flaques d’eau malgré la saison sèche, la foule circule mais rares sont ceux qui portent un masque. Les gens discutent à moins d’un mètre les uns des autres. Mitelezi, volontaire de la Croix-Rouge, ne flanche pas pour autant. Mégaphone à la main, il poursuit sa sensibilisation sans désemparer. “Je ne me sens pas découragé”, confie-t-il. “Ils finiront par prendre conscience du danger.”

Pour lui, cette négligence est liée à certaines croyances ou légendes urbaines, répandues surtout chez les jeunes : “Beaucoup croient encore qu’en buvant de l’alcool produit localement, ils ne seront jamais atteints par la Covid-19.” Certaines personnes se laissent convaincre de l’utilité des gestes barrières.

Kinshasa, épicentre de la maladie et des rumeurs

Au début de la pandémie, une plante appelée « Kongo Bololo », dont les feuilles, au goût très amer, seraient un remède contre la Covid-19, avait inondé les marchés kinois. “Ces rumeurs sont un frein pour nous”, estime Ilonga Mariam, superviseuse de l’équipe des sensibilisateurs de la Croix-Rouge, en indiquant que « ces mythes autour de la maladie font que nous sommes parfois traités d’escrocs ou de complices ».

Et pourtant, en RDC, Kinshasa est l’épicentre de la maladie. “La pandémie n’est pas finie“, indique Kitumua. “Nous sentons qu’il y a un relâchement dans les comportements qui étaient pourtant assez suivis au début de la crise.”

Outre les principaux carrefours et les grandes artères, les volontaires de la Croix-Rouge sont déployés sur les marchés. Là également, la situation est peu reluisante : le respect des gestes barrières n’existe pas. Sur le marché très fréquenté du Rond-Point Ngaba, au sud de Kinshasa, vendeurs et clients se côtoient quotidiennement de manière si proche qu’ils sont fortement exposés au risque de se contaminer.

Dans les allées étroites, le long desquelles s’alignent les étalages, les nombreux clients se croisent sans cesse et se touchent pour se frayer un chemin. Les volontaires de la Croix-Rouge se heurtent souvent à l’indifférence d’une population qui doute même de l’existence de la pandémie.

Nous voulons d’abord voir un malade atteint de Covid-19 avant de vous croire“, lance une commerçante aux volontaires venus échanger avec elle. “C’est difficile quand on est en face de quelqu’un qui réfute tout”, avoue Kitumua. “Nous faisons de notre mieux pour les écouter et les rassurer. Surtout, ce qu’on leur demande de faire pour se protéger ne doit pas être perçu comme une corvée”.

Ils ignorent le cache-nez

Ici aussi, le port de masque est l’exception, l’insouciance perceptible, et les gens demeurent sceptiques quant à l’existence de la maladie. Quelques personnes utilisent la station de lavage des mains mais la pénurie d’eau reste un casse-tête pour les secouristes. “Nous achetons tous les jours de l’eau au forage situé à près de 200 mètres d’ici”, indique Kilola. Là-bas, un bidon de 25 litres d’eau coûte 200 francs congolais. A Kinshasa, la grande majorité des gens vivent avec moins de 2000 francs congolais, soit 1 euro par jour.

Faire du porte-à-porte

Face à l’hostilité de la population aux séances de sensibilisation, Kitumua propose d’aller à la rencontre des familles à leur domicile. “Nous devons innover”, dit-elle. “A la Croix-Rouge, nous avons été formés pour effectuer du porte-à-porte, en quelque sorte de bouche-à-oreille”.

Selon elle, cette méthode serait plus efficace : “Prendre quelqu’un en aparté aide à mieux faire passer le message. En public, ceux qui sont opposés aux messages influencent ceux qui sont disposés à écouter, accepter et respecter les mesures d’hygiène recommandées.”

En juillet 2020, plus de 7500 cas d’infection à la Covid-19 avaient été recensés dans la capitale Kinshasa depuis le début de la pandémie. Si l’état d’urgence sanitaire a été levé le 21 du même mois pour faciliter le redémarrage des activités économiques, de nouveaux cas sont enregistrés chaque jour.

Les autorités ont pris des mesures contraignantes pour que la population respecte mieux les gestes barrières, parmi lesquelles le paiement d’une amende pour le non-port du masque dans les lieux publics. La vigilance reste de mise et les efforts de sensibilisation continuent.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19 en RDC, le Comité international de la Croix-Rouge offre son soutien aux activités de prévention menées par la Croix-Rouge de la RDC : formation des bénévoles à travers le pays, fourniture des stations de lavage des mains, de matériels de sensibilisation et de gestion des dépouilles mortelles.

Le CICR prend également en charge les indemnités journalières des sensibilisateurs et participe à la production des messages de prévention contenus dans les spots radio et les supports imprimés.

Par Bajika Ndeba

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