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Refus du don du gouvernement par la population d’Oïcha : les députés nationaux de Beni entre turpitude et mauvaise foi

La descente, le mercredi 26 août, du ministre national de la Solidarité et actions humanitaires dans la région de Beni au Nord-Kivu, a été marquée par un fait inattendu dans la commune rurale d’Oicha.

A la grande surprise et contre toute attente, les habitants du chef-lieu du territoire de Beni ont catégoriquement refusé l’aide humanitaire venant du gouvernement congolais, brandissant plutôt leur désir ardent de revivre la paix âprement négociée depuis près de 6 ans dans la zone.

Les rebelles ADF, considérés comme les principaux “mangeurs d’hommes” dans la région, y ont intensifié leurs exactions, causant ainsi des milliers des morts et des déplacés parmi les civils

Contexte

Après avoir assisté les populations à Kitsanga et Kahe dans les territoires de Rutshuru et Masisi au Nord-Kivu, le ministre Steve Mbikayi, en compagnie de la vice-gouverneure Marie Kahombo Lumoo et de certains élus nationaux, avait résolu de fixer le cap sur la région sinistrée de Beni.

Dans sa gibecière, le membre du gouvernement comptait des tôles et une enveloppe de 30.000 dollars américains. Cependant, l’assistance ci-haut décrire, était destinée à la population de Kasindi-Lubiriha restée sans abri après une très forte inondation dans un passé récent. D’autre part, des plaidoyers avaient plusieurs fois été menés pour que cette grande agglomération frontalière soit dotée d’une morgue. C’est à cela que devait servir la somme sus-indiquée

Genèse de l’incident d’Oicha

Au cours des concertations en perspective de la descente sur Beni, les députés nationaux, élus dans la zone concernée et censés mieux maîtriser la situation du terrain, ont choisi Oïcha comme lieu de remise de l’assistance car, selon eux, « Kasindi-Lubiriha se trouve en territoire de Beni dont Oïcha est le chef-lieu ». C’était donc une bien mauvaise idée pour autant qu’Oïcha est une contrée autrement sinistrée (théâtre des massacres des civils).

Il était, de ce fait, contre-indiqué de se servir de ses habitants seulement comme spectateurs d’une scène de déchargement de dons en transit. Ensuite, cela aurait paru une moquerie de montrer des tôles à ceux qui ont à priori besoin de paix.

« A un enfant qui demande un pain, on ne présente pas une pierre », disent les saintes Ecritures.

Conséquence dramatique mais logique

La décision prise sur base de cette proposition malheureuse était telle que l’assistance devait être exhibée à ceux qui ne l’avaient pas demandée et ne s’y attendaient pas sous cette nature-là. Il était normal qu’ils refusent les dons qui étaient inappropriés aux besoins du lieu et du moment.

Outre ce péché par mauvais conseil, les élus nationaux ont manifesté une hostilité à collaborer avec leurs homologues provinciaux pour des raisons inavouées. Même les notables et leaders d’opinion de la région n’ont été ni consultés ni associés. De là, pouvait aussi provenir un sabotage de la mission.

Questionnement

Est-ce à dessein que les députés ont désorienté la caravane humanitaire en territoire de Beni alors qu’elle venait à peine de bien rouler à Kitshanga, dans le Masisi ? S’il a paru nécessaire que l’administrateur du territoire de Beni soit présent, n’était-il pas plus pratique de l’inviter à Kasindi-Lubiriha plutôt que de lui faire suivre les biens à son bureau, loin des vrais bénéficiaires ? Pourquoi les députés, après avoir induit en erreur la délégation du ministre des affaires sociales, ont-ils changé de langage en encourageant la population à réclamer la paix en lieu et place de l’aide humanitaire ? Pourquoi les élus ont-ils tenu à ce que l’assistance ne soit pas remise dans des conditions qui rencontreraient la satisfaction des bénéficiaires et donneraient du succès à la mission des envoyés du Président de la République à Beni ?

Toutes ces questions peuvent se résumer en une seule : l’interrogation légitime portant sur la bonne foi des députés membres de la délégation.

Pour l’heure, la question n’est plus de savoir d’où était venue l’idée qu’ils fassent le déplacement dans la suite du ministre en charge des affaires sociales, mais le fait qu’ils ont pleinement participé à la “caravane humanitaire” au cours de laquelle le gouvernement de la République devait porter une assistance à la population se trouvant dans le besoin.

Depuis, analystes et internautes s’entredéchirent sans issue sur la question dans la région de Beni.

Par Charles Mapinduzi Bin Kisatiro, correspondant à Beni

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