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RDC : avec un budget de 6,8 milliards USD pour 2021, les 86 milliards USD promis en campagne électorale “inaccessibles” ?

En RD Congo, le gouvernement a adopté un projet de budget de 6,8 milliards USD pour l’exercice 2021, virtuellement en hausse par rapport aux 5,45 milliards USD du second semestre 2020 dont le budget promulgué pour la même année de 10,59 milliards USD.

“Le Conseil des ministres de la République démocratique du Congo (RDC) a approuvé vendredi (16 octobre 2020) ce projet de loi des finances contenant un budget présenté en équilibre en recettes et en dépenses à hauteur de 14.247,5 milliards de francs congolais, soit près de 6,8 milliards de dollars. Le texte a été présenté par le vice-Premier ministre et ministre du Budget, Jean Baudouin Mayo Manbeke. Ce budget est élaboré en phase avec le Fonds monétaire international avec lequel notre pays envisage la perspective d’un programme formel”, précise le compte-rendu diffusé par le ministre de la Communication et des Médias, David Jolino Diwanpovesa Makelele ma-Muzingi.

Après débats et délibération, le projet de Loi des finances 2021 a été adopté et le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a été chargé de le transmettre au parlement.

LE BUDGET 2020 RÉDUIT DE 10,59 MILLIARDS À 5,45 MILLIARDS USD

La RDC, immense pays (80 fois la superficie de la Belgique) de quelque 80 millions d’habitants, dont les deux tiers vivent avec moins de deux dollars par jour, sans la moindre protection sociale, vit avec un budget 2020 très réduit.

Votée en décembre 2019, la loi de finances prévoyait un budget 2020 de 10,59 milliards de dollars. Mais, en février 2020, le ministère des Finances a rendu public un « Plan de trésorerie » considéré comme « conforme à des prévisions de recettes réalistes par le FMI, qui ne prévoyait plus que 5,45 milliards de dollars de dépenses, pour des recettes légèrement moindres.

FELIX TSHISEKEDI, EN CAMPAGNE ÉLECTORALE, COMPTAIT MOBILISER 86,71 MILLIARDS USD POUR EXÉCUTER SON PROGRAMME

Le président de l’UDPS, Félix Tshisekedi, candidat à la présidentielle du 30 décembre 2018, avait projeté de mobiliser un budget de 86,71 milliards USD, afin d’exécuter son programme de gouvernance s’il est “élu”.

Ce budget global de son programme d’action avait été présenté et défendu mercredi 15 août 2019 à Kinshasa.

Il avait rassurait que ce programme serait réalisé dans 10 ans avec 85% du PIB.

Pour atteindre cet objectif, le candidat de l’UDPS à l’élection présidentielle jugeait impérieux d’instaurer l’État de droit.

« Aujourd’hui, le Congo est dans une situation de non-État. Il faudrait lui donner une administration responsable et une justice libre et indépendante », envisageait-il.

Devant plusieurs personnalités politiques et des diplomates, le président de l’UDPS avait redit qu’il “pense être la personne la mieux indiquée pour briguer la magistrature suprême du pays”.

S’il était élu, Félix Tshisekedi promettait d’abord de se consacrer à la réconciliation nationale et éradiquer la corruption et les maux qui ont gangréné l’économie nationale.

« Je vais très tôt m’attaquer à cela. En faisant l’état des lieux, nous saurons quels sont les endroits qui sont perméables et qui causent les fuites des capitaux. En ce moment-là nous serons en mesure de mobiliser plus de recettes, les repartir de manière plus juste et espérer booster l’économie du pays », promettait le président de l’UDPS.

Mais voilà qu’élu et président de la RDC depuis le 24 janvier 2019, les recettes budgétaires totales de l’État, ne dépassaient pas, au 11 septembre 2020, quelque 2,5 milliards USD, selon les chiffres de la Banque centrale du Congo.

Pays riche en minerais (cobalt, cuivre, coltan, or…), la RDC est pourtant l’un des pays les plus pauvres au monde en termes de revenu moyen par habitant (490 dollars par an et par habitant d’après la Banque mondiale).

POURQUOI UN BUDGET ANNUEL DE 100 MILLIARDS USD SERAIT-IL UTOPIQUE ?

Dans une République démocratique du Congo dont les institutions croulent sous le poids de milliers d’érudits professeurs “docteurs en …”, il est renversant d’en voir plusieurs qui ont vanté l'”exploit” d’avoir élaboré, voté et promulgué un budget de 11 milliards USD pour l’exercice 2020 !

C’est tout simplement aberrant, au point d’en perdre la parole, pour si peu, 11 milliards USD, qui sont déjà en train d’être érodés drastiquement de moitié (50%), sans état d’âme. Alors que le sous-sol de la RDC est un scandale géologique que lui envient toutes les puissances économiques du monde, prétextant d’un “coulage” causant constamment au Trésor public une perte de “80% des recettes”…

À LA TRAINE DES PAYS AFRICAINS MOINS NANTIS

En observant ce qui se passe dans d’autres pays africains, on se rend à l’évidence que la RDC est à la traîne de plusieurs d’entre eux, même les ” plus petits”.
La Tanzanie (14 milliards USD), l’Angola (31 milliards USD), le Nigeria (33,8 milliards USD) et l’Égypte (94 milliards USD) sont là quelques illustrations.

QUE MANQUE-T-IL À LA RDC POUR FAIRE MIEUX ?

La justification à l’incapacité de produire des recettes publiques dignes du Grand Congo est devenue un slogan : “la corruption, le coulage des recettes “.

“Nous allons combattre ce coulage et réussir à mieux redistribuer la richesse sur l’ensemble du territoire” a promis le président Félix- Antoine Tshisekedi Tshilombo, aussitôt investi le 24 janvier 2019, alors que les recettes publiques intérieures étaient à moins de 5 milliards USD.
Dès le départ, il avait noté que “80% des recettes publiques échappent au Trésor, soit, en termes de chiffres, cela équivaut à des milliards USD”. Il avait alors promis de “mobiliser tout le gouvernement pour inverser cette tendance”.

” Six ans après les assises sur le coulage des recettes publiques organisées à Kinshasa, en mai 2013, le Trésor public est toujours saigné à blanc. À l’époque, tous les services de l’État, à savoir les régies financières et les services générateurs des recettes, s’étaient engagés, aux côtés du gouvernement, de mobiliser pour apporter une solution au lancinant problème de coulage des recettes publiques.

À l’issue des échanges, plusieurs recommandations ont été formulées pour mettre fin à ce fléau qui rongeait le Trésor public. Par coulage, il fallait cerner des recettes qui échappent au trésor public suite, notamment de la fraude, de l’évasion fiscale, des détournements, de la corruption et du manque de performance des agents chargés de la mobilisation des recettes qui sont mobilisées par les trois traditionnelles régies financières, à savoir la Direction générale des impôts (DGI), la Direction générale des douanes et accises (DGDA) et la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD).

Six ans plus tard, le grand séminaire sur le coulage des recettes publiques reste d’actualité. À ce jour, d’énormes sommes d’argent, évaluées à des milliards de dollars américains, sont détournées du Trésor public.

Au plus haut niveau de l’État, on est bien conscient du problème”, relèvent d’anciens participants.

UN TROU DE 80 %

Réaliste, le Chef de l’État constate qu’il faut “se contenter d’un modique budget de moins de cinq (5) milliards de dollars américains en ressources propres”.
Toutefois, Félix Tshisekedi est d’avis qu’” il est possible de mobiliser plus de moyens en faveur de l’État.
“En numérisant l’économie, nous pensons pouvoir rationaliser les dépenses et ramener plus de recettes dans le trésor public. Entre-temps, nous allons lutter davantage contre la corruption pour combattre ce coulage et réussir à mieux redistribuer la richesse sur l’ensemble du territoire”, soutient-il.

Quatre années auparavant, Luzolo Bambi Lessa, alors conseiller spécial de Joseph Kabila en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, avait denoncé en 2015 un manque à gagner annuel d’environ 15 milliards USD au Trésor dû au coulage des recettes publiques.

COMMENT ARRÊTER LA CORRUPTION QUI EST DEVENUE ENDÉMIQUE ?

C’est à cette terrible interrogation que l’État congolais des réponses précises s’il tient à réussir le développement de la RDC en lui donnant les moyens appropriés dans la perspective de l’atteinte de l’émergence à l’horizon 2030 grâce à une industrialisation soutenue par un budget conséquent. De 100 millions USD l’an, pour commencer, avant de placer la barre plus haut. D’autant que la nature a gâté la RDC d’incommensurables ressources naturelles, dont celles minières.

Par Angelo Mobateli

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