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Beni: les 8 militants de la LUCHA acquités ce mercredi

Contrairement au réquisitoire du Ministère public qui demandait au tribunal militaire de garnison Beni-Butembo de condamner ces jeunes militants à 10 ans de prison, le même tribunal vient de trancher en faveur des accusés. Dans le verdict rendu, ce mercredi 20 janvier 2020 à Béni, les 8 militants de la Lucha ont été acquittés.

À Béni tout comme à Kinshasa, en passant par Hola, grande est la satisfaction des compagnons de ces jeunes, des organisations de la société civile et de défense des droits de l’homme.

Le tribunal militaire vient d’acquitter 8 militants du Mouvement citoyen “Lutte pour le Changement” (LUCHA). Des voies se sont levées pour dénoncer et fustiger l’arrestation de ces jeunes militants que d’aucuns ont jugé d’arbitraire.

Appels à la libération de militants

«Les arrestations et les poursuites ultérieures de ces jeunes militants pour avoir simplement demandé la protection des civils à Beni est une parodie et équivaut à de la persécution. Cette persécution contrevient à la Constitution de la République démocratique du Congo », a déclaré Sarah Jackson, directrice adjointe d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne et les Grands Lacs, dans un communiqué publié, mardi 19 janvier 2021, la veille du verdict.

Selon elle, «Au lieu de les persécuter, les autorités congolaises auraient dû répondre de manière appropriée à leurs demandes de protection efficace des civils contre les meurtres et les enlèvements en cours dans les zones touchées. Les autorités doivent abandonner toutes les charges retenues contre eux. »

Les huit militants ont été accusés de «destruction et sabotage malveillants» et ont été arrêtés et mis en prison depuis le 19 décembre 2020. Leur audition a débuté le 21 décembre devant le tribunal militaire de la garnison de Beni-Butembo. Les efforts de leurs avocats pour contester la compétence de la juridiction militaire sur leur affaire ont été rejetés.

Entre 10 ans de prison et l’acquittement

Le tribunal a rendu son verdict ce mercredi en acquitant ces jeunes militants, alors que le parquet a demandé la semaine dernière, une peine de 10 ans d’emprisonnement à leur encontre.

Les huit militants sont: Mumbere Sikuli Délivrance, une lycéenne de 20 ans; Mukirania Consolée, une femme d’affaires de 25 ans; Kasereka Muhetsya Ezée, une lycéenne de 20 ans; Kakule Mutsuva Clovis, un diplômé en droit de 27 ans; Nzila Patrick, une lycéenne de 18 ans; Muhindo Aziz, chauffeur de taxi-moto de 32 ans; Lwanzo Kasereka Kahongya, un menuisier de 34 ans; Mbusa Elie, chauffeur de taxi-moto de 24 ans.

Deux autres militants de LUCHA ont été arrêtés dans la ville de Beni le 7 janvier, lors d’une manifestation pacifique contre une nouvelle taxe sur les motos-taxis. Il s’agit de Jeanpy Lufungula et Grace Matembela qui ont depuis été “illégalement détenus”, dénonce Amnesty International. Contrairement à leurs coéquipiers, ces deux dernièrs n’ont pas encore été traduits devant un juge pour faire face à des accusations formelles.

«Les autorités doivent abandonner les accusations cyniques contre ces militants et respecter, protéger et garantir les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique tels que consacrés dans la Constitution et les traités internationaux relatifs aux droits de l’homme auxquels la RDC est partie», a éxigé Sarah Jackson.

Elle ajoute que, «Les autorités congolaises, sous la direction du président Félix Tshisekedi dont l’entrée en fonction en 2019 a été marquée par quelques progrès en matière de droits humains, doivent cesser de traiter la dissidence pacifique avec mépris. Le gouvernement ne devrait pas revenir à l’époque du gouvernement Kabila où les militants de LUCHA et d’autres étaient régulièrement arrêtés et détenus arbitrairement“, a fait observer Amnesty International.

Contexte

Depuis 2014, des milliers de civils ont été tués dans des attaques répétées attribuées au groupe armé ougandais des ADF-NALU, dans la région de Beni, dans l’est de la RDC. Malgré une forte présence de l’ONU et de l’armée congolaise dans la région et de multiples opérations militaires, les meurtres et les enlèvements se poursuivent presque quotidiennement. Les militants de la LUCHA ont accusé à la fois les autorités congolaises et l’ONU de ne pas avoir protégé la population. Leurs demandes de protection et de justice efficaces se sont souvent heurtées à une répression brutale.

Par Stanislas Ntambwe

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