dimanche, avril 11
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Modeste Mutinga lance un SOS : Halte au lynchage médiatique non justifié

La liberté d’expression exige de tous les acteurs des médias un sens aigu de responsabilité. Ce rappel basique vaut son pesant d’or en cette période où la liberté d’expression en RDC connait des avancées comparativement à un passé récent. Hélas, les médias, mieux leurs acteurs, ignorent les contraintes impliquant leur responsabilité sociale qui doit prendre en compte, entre autres, les défis de cohésion et d’unité nationale. Des dérives observées, il y a à se demander si les médias congolais sont devenus des lieux de prédilection d’incitation à la haine tribale ?

Le Potentiel

Des réseaux sociaux où se répercutent sans contrôle les dérapages des médias classiques, c’est l’accentuation du lynchage gratuit aussi bien des hautes personnalités institutionnelles que des autres compatriotes. Du chef de l’État Félix Tshisekedi à d’autres personnalités comme Katumbi, Fayulu, Bemba, etc. Personne n’est exempté à des fatwas lancées dans différents camps. Avec des propos aussi provocateurs, insultants, irrespectueux qu’outrageux et l’évocation de certains concepts notamment « la Congolité » de nature à porter atteinte à la cohésion sociale et l’entente cordiale héritées du Zaïre de Mobutu entre les différentes communautés, il est plus qu’urgent de mettre un terme à de telles dérives. Il est temps de réagir.

Dans un entretien à bâtons rompus avec le Potentiel, le président du Parti des démocrates pour la bonne gouvernance (PDG) et président du regroupement politique AAD, Modeste Mutinga Mutuishayi, tire la sonnette d’alarme sur ce phénomène inquiétant qui envahit les espaces médiatiques alors que l’Union sacrée de la nation se veut être un véritable pacte républicain.

Des médias classiques avec la multiplicité de débats notamment entre journalistes étiquetés « experts, analystes », etc., tout comme des réseaux sociaux, on ne sait plus faire la différence en RDC.

Le nombre de commentaires haineux, des affirmations gratuites, etc., explose au point que certains pensent se taire. Dans cette cacophonie, l’ancien président de la Haute autorité des médias refuse, lui, de garder silence. Modeste Mutinga Mutuishayi, président du Parti des démocrates pour la bonne gouvernance (PDG) et président du regroupement politique AAD alerte sur ce dépassement des limites où plusieurs personnalités publiques sont exposées aux propos haineux, d’autres compatriotes font face à des intimidations.

 « Au lieu de servir véritablement de canaux de transmission des valeurs, les organes de presse, à l’instar des réseaux sociaux, deviennent des véhicules à travers lesquels les ennemis politiques se règlent leurs comptes », estime Modeste Mutinga.

On tire à longueur des journées sur des personnalités publiques sans cause, simplement puisqu’on se fait payer pour défendre les intérêts d’une main noire qui veut salir les autres. Cette pratique qui prend des proportions inquiétantes, devient de plus en plus insupportable et indigeste au point que les médias congolais commencent à perdre la confiance de ceux qui devraient s’en servir pour être informés.

Cette pratique nocive, qui rappelle la tristement célèbre « Radio des Mille Collines » au Rwanda, est en train de dresser sordidement le lit de la haine avec tout le risque de retourner les peuples demain les uns contre les autres.

Mais qui mettra fin à ce phénomène de masse qu’est l’insulte et la diffamation au sein des réseaux sociaux ou, précisément, des médias, en général ?

Un déficit législatif

« La nature a horreur du vide », enseigne un adage populaire. La loi qui régit la presse en RDC a besoin d’être revisitée et adaptée à la situation médiatique actuelle. De la sorte, elle devra prendre en compte les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et les réseaux sociaux qui sont à portée des mains des profanes et surtout des enfants.

Faute d’une telle rénovation législative, estime Modeste Mutinga la nation court un gros risque avec tous les messages d’appel à la haine tribale et autres attaques ad hominem distillés jour et nuit gratuitement sur des paisibles citoyens.

« On a vu et on voit encore des messages sans fondement soulever des vagues au sein de certaines communautés, simplement puisqu’un individu qui passe pour un professionnel des médias s’est attaqué sans cause à un leader d’opinion ». Qui doit en principe arrêter cette hémorragie médiatique hors norme ?

Selon cet ancien président de la Haute autorité des médias, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a failli à sa mission de régulation. N’importe qui impose sa loi, sans s’offusquer outre mesure comme dans un terrain conquis.

La responsabilité sociale du journaliste

Il est, certes, vrai qu’aucune loi ne réglemente à l’heure actuelle les réseaux sociaux en RDC. La vieille loi régissant la presse n’ayant pas encore été revue pour intégrer les nouvelles technologies de l’information et de la communication dont les réseaux sociaux, les utilisateurs de ces derniers se comportent en électrons libres et échappent à tout contrôle de la corporation. Va-t-on laisser pourrir la situation au nom de la liberté d’expression consécutive à la démocratisation du pays ?

À cette interrogation, Mutinga en appelle au sens de responsabilité de chaque journaliste. « Que les journalistes respectent les fondamentaux de ce métier noble, qui est le 4ème pouvoir ; un professionnel des médias n’a pas besoin d’un gendarme pour mieux faire son travail ni d’une contrainte pour observer l’éthique et la déontologie », a-t-il martelé.

Mais l’ancien président de la HAM n’oublie pas que, au sein des réseaux sociaux, se sont infiltrées des « brebis galeuses » qui exercent sans foi ni loi. Sont-ils des journalistes ? Le dilemme reste entier.

« Dans ce cas, en attendant une loi sur la réglementation des réseaux sociaux, que la justice fasse son travail, mais sans verser dans un quelconque musèlement de la presse », a-t-il préconisé.

Si rien n’est fait pour stopper le zèle obséquieux de certains acteurs qui se servent des médias pour régler des comptes à leurs adversaires politiques, le pays court le risque d’une implosion sociale comme on en a vécu sous d’autres cieux.

Le mal peut être évité si les décideurs prennent la mesure du danger contenu dans des messages d’intoxication et de haine véhiculés à travers les médias et les réseaux sociaux.

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